Programmes des dernières saisons

Années 1960... La Ville de Charleroi est en pleine extension. Un conseiller communal, monsieur André Plateau, désire doter sa ville d’un théâtre permanent. En 1967, il ouvre une souscription au barreau de Charleroi en faveur de la création d’un théâtre. Il contacte ainsi trois carolos, amoureux des planches : Jacques Fumière, Eric Sustendal et Jean-Michel Thibault. C’est ainsi qu’en juin 1967, ils obtiennent la mise à disposition régulière de la salle du Conservatoire Grumiaux à Charleroi, pour y développer une programmation. Chacun apporte le matériel qu’il parvient à récupérer à gauche et à droite, chacun y investit quelques deniers... Le Théâtre de L’Ancre est né ! Dans le courant des années 1970, c’est le Centre culturel de Mont-sur-Marchienne, ainsi qu’à quelques occasions la salle de l’Hôtel de Ville de Charleroi, qui les accueillent. Début des années 1980, l’équipe finit par acheter un bâtiment, au 122 de la rue de Montigny ; le Théâtre de L’Ancre y est toujours installé aujourd’hui.

A leurs débuts, les trois directeurs sont encore de purs amateurs, et la programmation est loin de suivre une ligne artistique bien précise. Cependant, au fil des saisons, certaines tendances se dégagent : Jean-Michel Thibault témoigne d’un intérêt de plus en plus marqué pour le « vaudeville » et les classiques. Intérêt qui aboutira, plusieurs années plus tard, à son départ de L’Ancre pour développer un projet propre (en 1983, Jean-Michel Thibault ouvre le Vaudeville à Charleroi). Eric Sustendal, quant à lui, souhaite orienter le répertoire de L’Ancre vers des pièces à caractère social. Enfin, à la tête du navire, Jacques Fumière apprend le métier d’acteur, et celui de directeur de théâtre. Après le départ de Jean-Michel Thibault, c’est lui qui donnera à la programmation de L’Ancre une ligne de plus en plus clairement orientée « avant-garde ».

Pendant ces deux premières décennies, un public se construit, fait d’habitués et de curieux de formes théâtrales nouvelles. Pendant ces deux premières décennies aussi, l’équipe d’amateurs se professionnalise, du personnel est engagé, des investissements sont réalisés au niveau du bâtiment principal, du matériel technique et de la régie...

Début des années 2000, le Conseil d’Administration décide d’acheter une maison d’habitation, en vente (rue d’Assaut), reliée à la propriété de L’Ancre par leur jardin. Dans un premier temps, l’endroit sert d’espace d’entrepôt et de stockage, puis de lieu de représentation pour certaines occasions. Mais le but réel de cette acquisition est alors de pouvoir construire une salle dans les jardins et de disposer ainsi d’un accès pour le transport des décors. Un projet qui n’a pu aboutir faute de financement.

En 2003, Jacques Fumière cède la place de directeur artistique du Théâtre de L’Ancre à Patrick Descamps, tout en gardant la fonction de directeur administratif. Patrick Descamps restera en place jusqu’à son départ en 2007. Un appel à candidature est alors lancé. Parmi les propositions reçues, c’est celle de Jean-Michel Van den Eeyden, alors acteur et jeune metteur en scène, qui retient l’intérêt du conseil d’administration de L’Ancre. En février 2008, il est nommé à la direction artistique du théâtre, au côté de Jacques Fumière, toujours directeur administratif jusqu’en 2010.

« A L’Ancre, je veux insuffler une nouvelle énergie. Je veux travailler avec la population. J’ai la volonté réelle de m’ancrer dans la ville, de créer du sens autour du théâtre comme moyen d’émancipation, outil de pensée, école de la vie. Je vois le théâtre comme un outil de réflexion, de rencontres et aussi de moments festifs. Je veux être en relation avec le citoyen qui est touché par une certaine réalité, porter sa parole à la scène. Je veux que les publics se rencontrent et soient diversifiés. Je travaillerai en collaboration avec l’Eden et le Palais des Beaux-Arts et, si je crée un festival, il s’adressera aux adolescents. J’ai eu envie de poser ma candidature à L’Ancre pour rassembler les moyens et les compétences, assumer les responsabilités car ce théâtre est un outil magnifique. Le défi ne me fait pas peur. »

extrait de A la barre de l’Ancre, par Laurence Bertels, La Libre, 17 janvier 2008.