Kynodontas : critique

Jamais la cellule familiale n’aura autant évoqué la séquestration. Immersion au cœur d’une villa où on aboie, ou les chats sont une menace à prendre au sérieux. Une famille où l’on cueille des zombies et on se lèche pour arriver à ses fins.

Revisite de l’allégorie de la caverne de Platon, Canine (ou Dogtooth ou Kynodontas) est un film réellement étrange tant par sa forme que par le traitement de son sujet. Ses héros, des jeunes qui ne le sont plus vraiment, sont maintenus dans une espèce de dépendance oppressante par leur géniteur, tyran aux traits durcis, impassible et impitoyable.

Un film de contrastes. Contraste entre le jardin propret, les décors immaculés, la lumière crue du ciel, et la noirceur du propos, la violence des faits. Sans réelle pudeur, dans un silence pesant et une perpétuelle sensation d’étrangeté, les protagonistes dévoilent leur fragilité, leurs rêves déchus, et leur peur fabriquée par la figure paternelle, nous posant la question du formatage.

Pourtant, dans le traitement, Canine peut tendre à exaspérer par son côté intello et auteurisant, et par son écriture plutôt conventionnelle… Un gros problème de rythme, surtout, et la conduite uniforme de ses acteurs, pour la plupart assez mono-expressifs, ne permet pas de maintenir l’intérêt sur le long terme : quand les rouages de la tragédie sont mis en place, les dés sont déjà jetés, et le reste n’est plus qu’attente…

Au final, un film qui se casse les dents sur une question de forme alors qu’il aurait pu continuer de surprendre en s’éloignant de cette démarche jusqu’au-boutiste mais sans surprise. Un potentiel barricadé derrière l’envie devinée de se concentrer sur de brèves scènes choquantes, coups d’éclats aboyés par Yorgos Lanthimos, mais trop vite oubliés. Le coffre de la voiture qu’on aurait aimé infiltrer auparavant, pour suivre de doux dingues arrachés à leur microcosme, vers d’autres horizons. Ce que développait par exemple un certain Rolf de Heer dans le plus abouti Bad Boy Bubby

V.D.

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