Le Soir, jeudi 9 février 2012, Page 30
PAR WYNANTS,JEAN-MARIE; MAKEREEL,CATHERINE
Scènes Festival « Kicks ! » dans tous les coins de Charleroi
Adolescent, graine de délinquant ! », grognent les vieux grincheux. « Il n’y a plus de jeunesse », ajoutent les vieilles biques. Violents, désabusés, matérialistes, on les taxe de tous les maux, ces jeunes. Mais n’est-ce pas le principal défaut de l’âge mûr de trouver des défauts à la jeunesse ? Source d’inspiration ou d’inquiétude, âge de tous les possibles, de tous les extrêmes aussi, la jeunesse est à l’honneur du festival Kicks. Durant cinq semaines, dans toute la ville de Charleroi, une sève bouillonnante va irriguer la ville, pour dessiner un Charleroi 3.0, enfin délesté de ses crasseux clichés. Que ce soit par le théâtre, la danse, la musique ou le cinéma, le festival nous plonge au cœur des rêves, des doutes, et surtout de l’énergie des jeunes.
A l’image de la création du spectacle Nés poumon noir par trois jeunes artistes « made in Charlyking ». Trois jeunes, entre 23 et 28 ans, nés en terre carolo, qui n’hésitent pas à porter un regard corrosif sur leur ville, quitte à devenir persona non grata dans leur propre région. Fasciné par leur révolte, Jean-Michel Van den Eeyden, metteur en scène et directeur artistique du festival Kicks, a voulu mettre la puissance de leur propos en forme dans un spectacle entre concert, poésie urbaine et vidéo. « On pourrait dire que c’est un mélange entre le rappeur Akhenaton et du Johnny Cash à la guitare et à l’harmonica », précise le metteur en scène. Au rayon des créations, on attend aussi Les bonnes intentions de et par Cathy Min Jung qui ouvrira le débat de l’adoption pour mettre en lumière les tabous et zones d’ombres d’une telle aventure. Attention : texte fort ! Ce sera la spécialité du festival : lancer un bon coup de pied dans la fourmilière. A l’image de « Pour rire pour passer le temps » de la Cie Artifice, abordant une séance de torture « pour passer le temps » dont la mise en scène rend le public complice malgré lui de plaisirs troubles et témoin des lâchetés ordinaires.
L’arrestation interrogera le préjugé tenace de l’adolescent violent face au policier qui se lâche dans une logorrhée hallucinée sur le pognon, la taule ou la discipline.
Au fil des semaines, le festival emmènera un jury de jeunes à tous les spectacles pour prouver que les adolescents aussi ont l’esprit critique et acéré. « L’idée est de confronter le ressenti et les idées des jeunes à ceux du monde adulte, de rompre la relation d’autorité systématique liant l’adulte à l’adolescent, ouvrir le monde à la jeunesse mais aussi ouvrir la jeunesse au monde. »
Du 14 février au 23 mars à Charleroi.
Tél. 071 314 079. www.ancre.be
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In Vitrine ***
Pour ne pas prendre de risque, certains balisent le moindre événement de leur existence. Le collectif Rien de spécial en fait un spectacle à la forme originale et déroutante. On rit beaucoup de se reconnaître dans de nombreuses situations. Mais on est aussi fortement troublé par l’apparente impossibilité à sortir de ces vies préformatées qui nous sont promises, vendues ou imposées.
8 et 9/3 à l’Ancre.
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Cendrillon
En adaptant Cendrillon à la scène, Joël Pommerat crée un spectacle superbe et bouleversant. Bien loin des clichés du film de prince charmant, il explore les blessures de l’enfance et donne une réelle épaisseur à tous les personnages. On rit énormément mais on se retrouve aussi au bord des larmes dans les moments les plus émouvants. Une réussite totale, pour petits et grands.
17 et 18/3 à l’Ancre.
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You can be heroes ! A Charleroi, c’est à vous de passer sous les feux de la rampe. Avec Le sacre du
You can be heroes !
A Charleroi, c’est à vous de passer sous les feux de la rampe. Avec Le sacre du printemps (20 et 21/3) notamment. Dans ce spectacle de Roger Bernat, inspiré d’une chorégraphie de Pina Bausch, le spectateur devient, sans s’en rendre compte, acteur de la représentation. Vous rêvez d’incarner Pina Bausch un jour dans votre vie ? Pas besoin de savoir danser ! Roger Bernat a créé un dispositif qui vous met au cœur d’un théâtre non pas de la fiction mais de l’action. Avant cela, le formidable We can be heroes (25/2), déjà testé avec bonheur dans les Marolles à Bruxelles la saison dernière, transformera une vingtaine d’amateurs en héros d’un jour. Suite à un stage de trois jours encadré par une joyeuse bande d’artistes français, les participants laisseront exploser leur personnalité, devenant des stars du rock, le temps d’une chanson, en play-back et en public.
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Le Signal du Promeneur
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Une formidable claque, pleine de vigueur, d’humour et d’énergie pour ne pas se résoudre à la triste constatation que notre monde va droit dans le mur. A partir d’histoires vraies réinterprétées à leur façon, les cinq du Raoul collectif livrent un spectacle constamment surprenant, secouant, drôle, émouvant et suscitant une intense activité de nos neurones.
28 et 29/2 aux Ecuries de Charleroi/danses
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L’enfer pavé de « Bonnes intentions » de Cathy Min Jung
Vous exigez mon affection, mon amour. Vous avez payé pour ça, de l’espèce sonnante et trébuchante, alors vous voulez au moins de la reconnaissance. » Dans Les bonnes intentions, Cathy Min Jung n’y va pas par quatre chemins pour raconter cette rencontre manquée avec ses parents adoptifs, agriculteurs wallons, quand elle débarqua de Corée à trois ans et demi.
Son texte fort, douloureux, brise bien des tabous sur l’adoption. Un seul-en-scène qui devrait faire des vagues.
Pourquoi écrire et jouer ce texte aujourd’hui ?
J’ai d’abord réalisé un documentaire autour d’un voyage en Corée. On était alors dans le témoignage. Maintenant, j’ai envie de raconter une histoire. Ce texte n’a rien d’une catharsis. J’ai envie d’apporter le point de vue de l’enfant sur l’adoption. On parle souvent des difficultés des adoptants, mais trop rarement des enfants. Même quand ça se passe dans les meilleures conditions, ça reste quelque chose de très violent. En ce qui me concerne, je pense que je n’étais pas adoptable. J’avais déjà été abandonnée deux fois, et avec les moyens de défense d’un enfant, je m’étais fermée à tout. La rencontre ne s’est pas faite avec mes parents adoptifs, qui n’étaient pas prêts à ce qu’un enfant ne soit pas capable de recevoir et de donner de l’amour.
C’est ce traumatisme que vous racontez ?
Dans le texte, je le décris comme un rapt. Dans les années 70, les enfants qui arrivaient en Belgique n’avaient jamais rencontré ni vu en photo leurs parents adoptifs. Ils arrivaient avec un maigre dossier médical et un tout aussi maigre dossier de l’organisme d’adoption. Un enfant de trois ans et demi perd soudain tous ses repères, plongé dans un pays et une langue qu’il ne connaît pas. A mon histoire, je mêle d’autres faits réels, d’enfants qui ont connu des calvaires. Une par exemple à qui on donnait la bouffe du chien. Mais ça reste une fiction, un conte cruel pour ouvrir le débat.
C’est un sujet empli de contradictions.
J’ai entendu des gens me dire : « Tu as de la chance, tu pourras remercier tes parents. » Des phrases dites sans arrière-pensée mais qui imprègnent en vous un sentiment d’être éternellement redevable. Je me débats encore avec ça aujourd’hui, quand je fais face à des situations de racisme par exemple.
Du 14 au 17 février à l’Ancre, Charleroi. Du 20 mars au 7 avril au Poche, Bruxelles.