17 filles : critique

Une invasion de coccinelles : c’est l’événement pour le moins incongru qui ouvre 17 filles, comme un signe avant-coureur que tout est possible.

Inspiré de faits réels, l’argument du film est à la fois simple et lourd de conséquences : à la suite de Camille, une poignée de lycéennes décide de tomber enceinte au même moment, avec l’envie de refaire le monde ensemble, et d’élever une progéniture tout aussi utopiste. C’est la facilité avec laquelle toutes les jeunes se laissent embarquer dans ce délire qui pose question.

D’une part, la future responsabilité de parent ne semble pas vraiment considérée avec sérieux par les protagonistes : elles ne se focalisent que sur leur envie d’enfanter, leur (besoin d’)amour, reporté sur leur enfant. L’argument matériel et concret (parce qu’un enfant ne vit pas d’amour et d’eau fraîche, quoi qu’on en dise) est nié en bloc, sur fond de crise adolescente et de rébellion contre les figures parentales. Du point de vue des adolescentes, leurs parents qui se mettent en quatre pour qu’elles ne manquent de rien passent à côté de l’essentiel. « On va pas devenir comme nos parents », sorte de leitmotiv, semble hanter ces filles au ventre rond, capables de ne se construire que par opposition au modèle parental. Comme quoi, l’esprit de contradiction peut aller loin…

D’autre part, les parents complètement dépassés par les événements font réellement peine à voir, englués dans leur immobilisme. A part rejeter la faute au corps enseignant, ils apparaissent en général bien ridicules, et on ne peut dès lors reprocher aux filles de rejeter les repères qu’ils leur imposent. Il est regrettable, en revanche de ne jamais vraiment accorder de crédit aux pères des 17 futurs nouveau-nés, qui rivalisent par leur absence de substance ou leur ridicule (50 balles et c’est réglé, merci, au revoir).  Pas le sujet, probablement.

Julia, forte tête du groupe, et instigatrice du délire de fertilité, cristallise peu à peu tous les espoirs et les craintes des 17 filles. Derrière l’assurance apparente, la fragilité du personnage est remarquablement portée à l’écran par Louise Grinberg, faussement féministe, vraiment paumée. Véritable chef de meute, c’est dans la dynamique de groupe plus que dans la question de la maternité qu’elle surprend, car c’est là que le film réussit à toucher au plus juste.

Il est assez triste, mais pourtant sans grande surprise, de voir les protagonistes échafauder des plans dont on sait qu’ils ne tiendront jamais la distance. L’idée folle de mutualiser leurs allocations et prendre leur autonomie se heurte à un magistral retour de bâton avec la malheureuse Clémentine, chassée du domicile familial. C’est là que le film bascule, en ramenant au principe de réalité, et scelle la fin du rêve.

Somme toute, une narration assez classique pour un phénomène pour le moins surprenant… Un film qu’une séquence de jeu avec un ballon de feu, à l’image du ventre des protagonistes, pourrait simplement résumer. Sans morale réellement arrêtée, ces 17 filles troublent, mais on ne sait trop qu’en retirer, sinon une boîte de préservatifs au distributeur…

V.D.

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Innocence : critique

Arrivée en cercueil. Au fin fond d’une forêt, une espèce de pensionnat pour le moins spécial où de jeunes filles font leur éducation. Comme une mort scellée, car le sentier bordé de lampadaires semble sans issue. Dictature d’une éducation imposée, sans grand sens, mais pour aller où ?

C’est en embrassant le point de vue de jeunes filles qu’on plonge dans cet univers pour le moins inquiétant. Les plus désobéissantes semblent condamnées à vivre là, à gérer la vie des plus jeunes. Les meilleures n’ont pas nécessairement de meilleures perspectives d’avenir. Ici, on ne sort pas. Et la soif d’excellence n’est pas récompensée comme d’accoutumée… C’est la naïveté des répliques des enfants qui rend ce vase clos à la logique kafkaïenne plus sinistre encore. La cruauté comme seule loi ? L’ennemi est partout, et la menace se cache dans les plus innocents sourires.

L’ambiance sonore, telle une chape de plomb, accentue ce persistant malaise qui finit par dégoûter. A l’image de ces séquences sous-marines anxiogènes, le film prend le parti de nous noyer sous une avalanche de séquences sombres, souvent plus implicites que démonstratives. Pesant, angoissant, le film de Lucile Hadzihalilovic ne connaît pas vraiment d’éclaircies, et son dénouement peut laisser assez circonspect.

Ce qui passe comme évidence dans la fin du film ennuie, comme si quitter un enfer ne pouvait que mener à un nouveau, cette fois-ci plus minéral, moderne, mixte. Questionnant l’innocence du spectateur en attente d’une fin forcément tranchée, dans le bon ou le mauvais sens pour ses protagonistes, la réalisatrice pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Un parti-pris assez facile pour laisser soin au spectateur de reconstruire l’histoire lui-même, mais qui peine à convaincre. Bijou sombre, mais bijou en toc, Innocence séduit par sa noirceur, mais son éclat reste toutefois bien limité…

V.D.

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In vitrine : critique

A l’entrée, un drink, pour une soirée placée sous le signe des mondanités.

Avec In vitrine, le public est convié à la fête d’anniversaire surprise d’Alice organisée par ses compères Marie et Hervé. Un jeu de complicité entre les acteurs et les personnes bien installées dans les fauteuils de L’Ancre gomme petit à petit le rapport classique à la scène, tant cette situation, dans un théâtre, apparaît décalée et loufoque.

Loufoque, et pourtant basée sur un certain nombre de conventions sociales, ici détournées et transformées en saynètes et arguments théâtraux. Conditionnée par l’obéissance au planning chronométré, la soirée déploie tout son potentiel critique. C’est avec la mécanisation du jeu et des séquences, et surtout de l’interprétation, forte des regards échangés et des silences gênés, que le propos du collectif Rien de Spécial fait mouche.

Le dispositif scénique n’est pas en reste. Les quelques éléments de décor très aseptisés à la sauce Ik*a et les bonnes trouvailles bricolées créent la surprise et apportent beaucoup de fraîcheur à la pièce. Au niveau des choix esthétiques, un certain amour du kitch et de l’artificiel transparaît en fil rouge, que ce soit dans les costumes ou les procédés narratifs décalés : diaporama et karaoké pour ne citer que ceux-ci…

Si au départ, la salle rit à gorge déployée devant l’idiotie apparente des situations, c’est peu à peu plus timidement, et pour finir carrément jaune, par refus de se retrouver dans les situations dépeintes, que l’on entend quelques éclats dans la salle… Finalement, le comique de répétition finit par provoquer un certain malaise, signe sans doute que le propos atteint le public. Cependant, l’écriture aurait pu se resserrer autour de séquences plus diversifiées pour éviter une répétition trop lourdement appuyée… Car l’intention est relativement claire et l’exagération peut finir par lasser.

La critique portée par In vitrine trouve ses limites dans le sens où le théâtre est aussi un lieu de codes… Après tout, il reste de bon genre de rire d’une pièce intelligente en prétendant voir plus loin que les rites sociaux moqués. Comme divisés par zéro, on en ressort vaguement troublés, ne sachant trop s’il faut se montrer en train d’en rire. Redoutable !

V.D.

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In vitrine : l’avis des jeunes

Au Théâtre de l’Ancre, se jouait, ce jeudi 3 et vendredi 4 mars “In Vitrine”.

Avec “In Vitrine”, le Collectif Rien de Spécial interroge de manière inédite et insolite le quotidien et la banalité de ces moments de fête que nous connaissons tous. Ceux qui en disent tellement sur ce que nous sommes et sur ce que nous montrons aux autres. En chahutant les codes du théâtre, il se saisissent de la scène comme d’un miroir déformant. Attention les yeux !

Les jeunes du Conseil Consultatif des jeunes de Charleroi (CCJC) nous livrent leurs avis : ” Nous avons assisté à une pièce qui nous a, à peu près, tous marqué. Dans un premier temps, il s’agit d’une petite partie de plaisir. Dans un second temps, c’est une vraie pièce de théâtre qui mène à la réflexion. Les auteurs ne nous donnent aucun indice, chacun est libre de penser ce qu’il veut. Un jeune a même cité : “C’est une pièce inhabituelle, nous ne pensions pas assister à cela”. Nous en faisions partie. En effet, nous sommes tous invités à la fête d’Alice, nous avons tous chanté un bon anniversaire, nous avons fait des photos, nous avons chanté un karaoké et nous avons eu des interactions avec les acteurs. Tout était écrit sur un écran, il fallait suivre au pied de la lettre le programme donné. Nous avions vraiment l’impression d’y être. C’était une chouette expérience. La pièce décrit la vie actuelle. L’exagération des acteurs a parfois lassé certains d’entre nous, qui sur le coup, à chaud, n’ont pas vraiment compris le rapprochement avec les effets créés. »

http://kulturopointmagcharleroi.wordpress.com/2012/03/12/in-vitrine/

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ETB : critique

Regard sur l’adolescence, ETB propose une immersion dans cet état transitoire…

Au cœur des préoccupations adolescentes sont passés au crible le souci de se construire, le poids du regard de l’autre, la difficulté à accepter ses propres sentiments, les premières amours et les premières grosses gamelles, aussi… Si ces angles d’attaque, articulés autour d’un triangle amoureux pour permettre une narration dynamique, ne sont pas des plus originaux, ils font bien écho aux questions que se posent les jeunes à un âge charnière.

Le bémol, c’est peut-être la mise en perspective de ce point de vue… Si les dialogues sont intelligemment écrits au service de la narration et les thématiques abordées au travers d’un parler sincère et audible pour les jeunes, les adultes, eux, risquent parfois de se sentir vieux cons.

L’interprétation, en particulier du personnage d’Elisa, est assez criarde : l’envie prend parfois de secouer ce personnage pour qu’il arrête de bramer contre le reste du monde : se construire avec ses propres convictions, après tout, hypothétiquement, Elisa le pourrait. Ce qui la retient, c’est seulement le crédit qu’elle accorde à ceux qui l’insupportent. Cet exemple peut s’étendre à ETB, dans le sens où le « transitoire » du titre reste flou. En quoi les ados ont-ils avancé à la fin de la pièce ? Sont-ils plus adultes ? Révoltés, ils l’étaient au début, ils le sont restés, mais n’ont pas changé les fondements de leur malaise. Acceptation ? Non plus. Dès lors, le doute est permis…

L’effet de catharsis ne semble donc efficace que pour ceux qui traverseraient un cap difficile… Pourquoi l’adolescence serait synonyme de crise, aussi ? Le postulat est tendancieux. Alors, « vivre », fort bien, mais fallait-il que ce mot apparaisse comme une chute ? La pièce n’aurait-elle pu commencer ici pour nous emmener ailleurs, sur une planète où les adolescents essaient de changer le monde autrement qu’en geignant ?

C’est l’énergie des trois interprètes et l’écriture des dialogues d’ETB, véhicule d’une sensibilité écorchée, qui sauvent le navire. La mise en scène, épurée, permet de se focaliser sur le propos, pour se concentrer sur l’impact des prises de gueule, des coups de bec. La vidéo, malgré son peu de lisibilité, permet à la pièce de reprendre un peu d’oxygène et de développer le propos à renforts de notions-clés manipulées avec poésie. Derrière, l’intérêt deviné à poser des questions pertinentes sur le sujet, et permettre une prise de recul sur l’adolescence « littérale » jouée sur le plateau.

ETB, au final, reste audacieux et plein de vie, mais l’énergie semble déployée au détriment de la distance sur le propos. Un pari risqué pour ceux qui n’arrivent pas à rentrer dedans où à s’identifier aux protagonistes, pour une pièce qui apparaît encore un peu verte… Du potentiel à mûrir, à surveiller de près.

V.D.

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L’arrestation : critique

De procès d’intention en procès d’intention, une situation qui dégénère. Concrètement, pourtant, rien. Un type croise un flic. Ni une ni deux, c’est l’arrestation.

Une approche assez originale tant dans le texte, qui laisse la part belle au flic, que dans la scénographie qui englobe le spectateur au cœur de l’action, et contribue à renforcer la sensation de danger par l’imbrication physique dans ce jeu du chat et de la souris.

Un moment de poésie naît de cette tension, car le développement du policier est intéressant et évite (à tout prix ?) les clichés. Le texte parvient à tenir en haleine, ce qui n’était pas évident du fait de monologues assez sévères. Le policier, dans ses tirades enflammées, prend des airs prophétiques, même si dangereusement instable. Même si moins développé, le personnage du jeune est pertinent, ne serait-ce que dans la douleur. Cette douleur partagée, celle d’être cantonnés à des stéréotypes. Un combat acharné contre une forme de déterminisme social, en marchant sur des œufs ou en mettant les pieds dans le plat, évoquant des questions de drogue, d’alcoolisme ou de suicide. « Que du bonheur » pensera-t-on, mais pourtant c’est avec finesse et légèreté que les sujets arrivent sur le tapis, sans découpage sous formes de tableaux… On aurait pu craindre que l’auteur ne cherche à remplir un cahier des charges des sujets lourds à aborder, mais il n’en est rien : les personnages évitent aisément nos attentes, humanisés avec justesse.

Le temps s’arrête, notre respiration aussi, tandis que la force de l’ordre (au cerveau bien perturbé, pourtant) semble perdre pied. A sa merci, sa proie est à l’article de la mort. Dans une atmosphère irréelle accentuée par ces néons clignotants, rappelant les lampadaires déglingués d’un quartier pauvre, attente d’une détonation qui n’a pas lieu, qu’on souhaiterait presque pour abréger la souffrance du prisonnier.

Seule la fin, abrupte, surprend sans réellement convaincre. L’arrestation du temps, de ce combat, prend soudain fin, mais on ignore tout de ce qu’en retirent les deux chevilles ouvrières de ce drame humain… Difficile de songer que ce n’est pas l’important, surtout quand tous les éléments de la pièce travaillent à rendre ces deux personnages humains et dignes, ce indifféremment de leur rang social. Un climat de terreur qui aurait gagné à perdurer. Syndrome de Stockholm, quand tu nous tiens…

V.D.

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