Esquisse remarquée lors de «Tremplin, Pépites & Co. II», L’indigène nous invite à revisiter le réel par les yeux de la marionnette, dans un univers visuel d’une drôlerie lugubre.
« Chaque jour 40.000 enfants meurent de la misère qui les entourent et cela n’intéresse ni nous ni Dieu. »
C’est par cette phrase, dite au public, que le texte de L’indigène se conclut. Il ne s’agit là ni d’une accusation ou d’une morale, mais d’un constat sur notre société, qui rappelons-le, se révèle réellement par la façon dont elle traite les plus faibles de ses membres.
Kroetz, auteur allemand contemporain, fils de ces allemands qui ont vécu la guerre au côté des nazis. Une génération d’enfants pour qui le modèle des Pères a fait faillite. Kroetz parle de nous, à travers le portrait au vitriol d’un monde dessiné à gros traits, comme dans un dessin d’enfant. L’Indigène est une pièce pour marionnettes/guignol, où les maisons sont en pain d’épice, où l’on parle avec Jésus Christ, où les Hommes sont comme de gros oiseaux noirs… Cette pièce est peuplée d’une faune absolument jouissive: Kurt, vieux pantin retors, avec un cancer du larynx; Toni, jeune pantin maigre, atteint du Sida; Hugo, pauvre pantin stupide, avec un cancer de l’intestin; Irmi, saine Margoton, l’indigène, et d’autres.
L’envie, nous dit Nathalie Mauger, de mettre en scène une pièce comme L’indigène vient d’un constat sur le corps comme sens et but de l’expérience théâtrale. Touchée par la banalisation de la dimension de la chair, elle remarque que l’on peut aller au théâtre et vivre une expérience qui n’a plus rien à voir avec nos sens d’êtres en chair et en sang. Dans L’indigène, la chair sera l’enjeu de la représentation. A travers l’utilisation de la marionnette, l’exhibition du corps est dédramatisée. Le spectateur est convié au plaisir de l’innocence, de l’enfance, et de la foi. Pourtant, l’histoire n’est pas une histoire pour enfants. Les personnages se heurtent sans cesse aux limites de leurs corps et de l’espace. En somme, aux limites de la condition humaine. Une successions de tableaux tout en contraste et paradoxes nous emmènent dans un théâtre de la marionnette: « cru, éclatant, coloré, rapide, court et bon ».
¤ 20h30 (mercredi 19h)

