Une société de services, critique, élégant, drôle.

Après « Grow or go », qui nous plongeait dans le monde de la consultance et de l’entreprise, Françoise Bloch poursuit sa quête d’un théâtre documentaire , avec « Une société de services« . Sa nouvelle cible: le monde du télémarketing, ces gentils casse-pieds sous-payés qui vous assaillent du matin au soir au téléphone.

Une société de services. F. Bloch (c)
Une société de services. F. Bloch © antonio gomez garcia

Critique: ***(*)

Le risque majeur du théâtre documentaire c’est  d’être très peu « documentaire », par rapport à une enquête journalistique et pas assez « théâtral » pour l’amateur de théâtre passionnel ou comique. L’art de Françoise Bloch est fait d’humilité, d’intelligence et de pas mal d’humour. Elle  a l’art de guider  quatre jeunes acteurs vers leur meilleure expressivité, un pied dedans (l’entreprise, le théâtre), un pied dehors, mi-observateurs, mi-victimes . D’abord  ils participent au « système », quasi esclavagiste, de profit pour le profit au nom du progrès et du bien-être, contraints par le besoin de survivre. A coup de graphiques, de situations vécues, parfois de l’intérieur par un acteur « infiltré », on voit se développer les rapports de force et d’exclusion, la concurrence imposée, le racisme sous-jacent. Le couvercle finira par exploser  dans un mail qui traduit   par un habile graphisme , l’immense révolte sous un texte d’abord lisse. Tour à tour patrons et  employés, les acteurs passent habilement d’une situation de victime à celle de bourreau. Sous ses allures brechtiennes  d’analyse critique de la société, ce théâtre joue sur le rire et le décalage, mêle habilement textes chantés, dialogues, monologues, vidéo avec un rythme juste qui permet à la mise en scène de déployer son charme. Un charme qui habite ces quatre jeunes acteurs avec mention spéciale à Pierrick De  Luca. Et surtout  Aude Ruyter, patronne redoutable, victime émouvante, jeune espoir surdouée: pour nous, une révélation.

Ce spectacle aurait mérité, comme quelques autres, aux Tanneurs, cette année, non pas 5 mais 10 représentations, pour laisser plus de temps au « bouche à oreille ».

Si vous ne pouvez le voir ce samedi aux Tanneurs filez au Théâtre de l’Ancre à Charleroi la semaine prochaine.

Christian Jade (RTBF.be)

source Blog Critique de Christian Jade

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